Brûlot moral
La pièce ne laisse pas indifférent. Il y a dans Sade Nietzsche, de Stéphane Russel, comme un parfum de souffre.

Ils ont en commun d'avoir été méprisés, puis oubliés, d'avoir séjourné durant plus de dix ans et d'être morts chez les fous, ainsi que d'avoir développé une philosophie contestée, et souvent mal interprétée, autour de la morale. Réunir sur une même scène les mots de Donatien Alphonse François de Sade et ceux de Friedrich Nietzsche ne relève pourtant pas d'une évidence, tant leurs pensées et leurs parcours sont antagonistes. Organiser un dialogue entre La philosophie dans le boudoir et Le crépuscule des idoles, c'est un peu réunir un bidon d'essence et une allumette : Sade le sulfureux peintre de la décadence, mais toujours en attente de son salut, et Nietzsche, l'homme qui a perdu sa foi et veut détruire les idoles, sans jamais se départir de son mysticisme.
Cette pièce pourrait donc être un long cours de philosophie comparée. Et bien pas du tout ! C'est plutôt une belle promenade jubilatoire sur les pentes savonneuses du désir, en grande partie grâce à une splendide interprétation. C'est sans tabous, mais très chastement, que les comédiens enchaînent les sujets (expression de circonstance) sur fond de décadence, mettant à mal (idem) nos sens trop habitués au porno chic pour saisir l'essence de la vraie subversion.
Cette vérité froide et nue, mais dite avec une telle faconde, peut faire froid dans le dos ou donner du c½ur au ventre. Sade Nietzsche, c'est de la dynamite. Le spectacle a été produit en partenariat avec la Ville de Drancy.
Samedi 3 octobre, à 20 h 30
Espace culturel du parc
Sade Nietzsche, de Stéphane Russel
Avec Tanja Czichy et David Arveiller
Tarif unique : 5,70 ¤
Billetterie à partir du 22 septembre


